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Les races françaises vulnérables (disparues ou à faibles effectifs)

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RACE(S) : toutes


LES RACES CANINES FRANCAISES VULNERABLES



« Les ressources génétiques, un patrimoine vivant façonné par l’homme, un capital à préserver pour les générations futures »

(Bureau des ressources génétiques)


Domestiqué il y a plus de douze mille ans, le chien est, en ce qui concerne la morphologie, l’espèce la plus diversifiée au monde. En effet, selon que l’on regarde un Chihuahua ou un Dogue Allemand, la taille peut être multipliée par cinq et le poids par quarante! Cette diversité est due à plusieurs milliers d’années de sélection par l’Homme, pour des utilisations variables et selon des goûts différents. Elle a conduit à l’existence de plus de 350 races dans le monde dont 55 d’origine française.


Cette diversité est soumise aux aléas de l’histoire et aux phénomènes de mode. Ainsi, au cours des cent dernières années, de nombreuses races locales ont disparu ou ont vu leurs effectifs décroître de manière drastique. Or ces races sont souvent les produits d’un milieu ou d’une culture locale et les voir disparaître revient à amputer d’autant notre patrimoine. De plus, nous ignorons de quoi seront faits nos besoins futurs en termes de ressources génétiques. Le maintien et la protection de ces populations sont donc une garantie pour les générations de demain...   



LES RACES CANINES DISPARUES AUX COURS DES DERNIERES ANNEES :


Il s’agit de races reconnues pour lesquelles aucune inscription n’a eu lieu depuis plus de vingt ans au Livre des Origines Françaises (LOF). Ces races sont les suivantes :



- Le LEVESQUE (un chien Courant)


L'Eveque

- Le BOULET ou Griffon à poil laineux (un Griffon d’Arrêt)


Griffon Boulet


- Le DUPUY (un Braque)



 


Toutes trois étaient très prisées au siècle précédent : le Braque Dupuy dès 1808, le Griffon Boulet en 1822 avec une reconnaissance officielle en 1882  (1er chien inscrit au LOF), le Levesque début 1900.
Ces races se sont éteintes par manque d’adaptation aux nouveaux critères d’emploi et n’ont pas réussi à être à la hauteur face à la concurrence des races plus performantes :
Le Griffon Boulet face au Griffon Korthals et au Drahthaar.
Le Braque Dupuy face au Pointer et au Braque Français.
Le Levesque fondu dans l’appellation générique de Français Blanc et noir.



LE LEVESQUE
Créé et reprenant le nom du son concepteur comme il était d’usage dans la vénerie
française, ce chien blanc et noir de sang gascon avec apport de Fox-Hound a disparu dans les années 1970, lors de la refonte des standards du chien d’ordre, sous l’impulsion du Docteur GUILLET.


 


LE BOULET ou GRIFFON à POIL LAINEUX
Créé par un industriel d’ELBEUF en Normandie, ce chien est issu de griffons présents dans le nord de la France. Les difficultés d’entretien de son poil sont pour beaucoup dans la désaffection des chasseurs à son égard.


 


LE BRAQUE DUPUY
Créé par les frères DUPUY, chasseurs du Poitou, au cours du XIXème siècle, ils ont été très sélectionnés par Gaston HUBLOT sur le principe d’un apport lévrier sur le vieux type Braque Français un peu lourd. Le Braque Dupuy est une tentative d’amélioration de la vitesse pour répondre au standard anglais représenté par le Pointer, la mode était aux demi-sang anglais depuis le premier empire. Cet essai là ne s’est pas imposé.


LES RACES CANINES EN COURS DE RECONNAISSANCE :


Elles sont au nombre de trois et se caractérisent toutes par :
- Un rassemblement d’amateurs regroupés sous statut associatif
- Une origine zootechnique avérée depuis plus d’un siècle avec un descriptif précis des auteurs de l’époque (MEGNIN, DECHAMBRE, DE CONINCK, BELLECROIX) et de l’entre-deux-guerres (Jean CASTAING).
- Un emploi utilitaire et un cadre géographique précis.


L’EPAGNEUL DE SAINT-USUGE
Origine : Bresse
Population estimée : 660 individus
Petit épagneul d’arrêt du sud-est de la France cantonné à la région de la Bresse au confluent de la vallée de la Saône et du Rhône.
Broussailleux, polyvalent, et adapté à un biotope difficile, il s’agirait d’un rameau du vieil Epagneul Français au même titre que les Picards, Pont-Audemer et Breton.
Cette race a été reconnue en 2003 par la SCC.


 


LE BERGER DES ALPES
Origine
: Alpes
Originaire de l’arc alpin français et présent de la Savoie à la Provence, ce chien de berger et de bouvier est très bien adapté aux zones montagnardes. Il se rattache morphologiquement au type des petits Bouviers Suisses (Appenzell et Entlebuch surtout).


LE CHIEN CORSE (U CURSINU)
Origine
: Corse
Population estimée : 500 individus
Chien de garde des habitations et des troupeaux, typique du milieu insulaire méditerranéen. Toucheur de bétail (ovins, bovins et porcins), la pratique de l’élevage extensif au contact de populations sauvages (mouton – mouflon et cochon – sanglier) l’ont toujours fait utiliser pour la chasse au gros gibier. Le type dogue (à comparer aux chiens de prise hispanique) a disparu et la race, qui aujourd’hui est proche d’un type lupoïde.
Cette race a été reconnue en 2003 par la SCC.



LES RACES CANINES A FAIBLE EFFECTIF ( - de 100 naissances par an) :  


LE BRAQUE SAINT-GERMAIN
Origine : Bassin parisien
Population estimée : 563 individus
Crée par M. De CHERVILLE, veneur du Roi Charles X vers 1830, ce chien est un demi-sang Braque Français ayant subi des apports de Pointer. De couleur blanc-orange avec truffe rose, ce type de Braque est parfaitement représenté dès 1720 sur des tableaux des peintres royaux DESPORTES et OUDRY. Ce chien d’arrêt, seul Braque français à queue longue, descendant direct du type des chiens des chenils royaux est toujours très adapté aux critères cynégétiques actuels. Cette race présente tous les atouts pour sortir de son statut de patrimoine génétique à faible effectif.


 


 


LE BRAQUE DE L’ARIEGE
Origine
: Région de Toulouse et contreforts pyrénéens
Population estimée : 210 individus
Vieux type de braque lourd du midi à robe claire. Cette race, très récemment régénérée, a subi, au cours des deux derniers siècles un allégement dû à l’influence du type britannique, différent du type méditerranéen traditionnellement plus lourd. Il est trop tôt pour prévoir la réussite ou l’échec de cette régénération, mais le succès est assurément subordonné à une adaptation à son milieu d’utilisation.



L’EPAGNEUL de PONT-AUDEMER
Origine
: Basse Normandie
Population estimée : 306 individus
Cet épagneul d’eau à poil frisé est probablement apparenté à d’anciens Spaniels ou chiens d’eau britanniques. Il est parfois cité le fait d’une propension à bourrer le gibier rapidement après l’arrêt, caractéristique des épagneuls polyvalents de race allemande de type Munsterlander ou des Spaniels britanniques. Cet épagneul devra démontrer un goût prononcé pour la chasse dans les milieux difficiles pour se développer.


L’EPAGNEUL PICARD
Origine
: Picardie
Population estimée : 817 individus
Cette variété de l’Epagneul français, marquée peut-être de sang setters, est très peu connue en dehors de sa région d’origine. On le dit très bon chasseur au marais et ce serait un excellent retriever.
Une variété très proche est l’Epagneul Bleu de Picardie. 



LE BARBET
Origine
: Ouest de la France
Population estimée : 202 individus
Ce chien d’eau, de régénération récente, est surtout connu pour être l’ancêtre du Caniche mondialement connu. Son emploi exclusif à la chasse aux marais en tant que rapporteur et retrouveur (Retriever) de gibier l’a soumis à une concurrence sur le terrain avec les retrievers britanniques. Le pelage de ces derniers, semblable à celui des loutres (graisse sous-cutanée, poil court et gras avec sous-poil dense) leur a permis de s’imposer face au poil frisé et cordé, crotté et long à sécher des chiens d’eau.
Le Barbet est désormais parfois utilisé comme chien truffier sur l’exemple de son cousin italien, le Lagotto Romagnolo.



LE CHIEN d’ARTOIS
Origine : Nord de la France
Population estimée : 573 individus
En France, on classe les chiens courants en quatre tailles de deux conformités: Grand chien et Briquet, Grand et Petit Basset.
Le Chien d’Artois, (ou Briquet d’Artois) est réputé sur la voie du loup et du lièvre. Si lors des brevets de chasse il parvient à s’élever au niveau de performance de ses concurrents, autres Briquets français, Beagle-Harrier et Anglo-Français de Petite Vénerie, il devrait quitter rapidement son statut de race rare.



LE BOUVIER DES ARDENNES
Origine : Belgique et Nord-Est de la France
Population estimée : 55 individus
Petit bouvier parfaitement décrit dès le début du siècle pour son aptitude à diriger les troupeaux de bovins et de porcs élevés dans les forêts du massif des Ardennes, il serait également réputé pour la chasse du sanglier (on retrouve l’intérêt pour l’espèce porcine domestique et sauvage décrite pour le CURSINU). M.DAMBRAIN, grand cynophile belge, travaille sur la régénération de cette vieille race.


LES ACTIONS POSSIBLES :


- La reconnaissance des races vulnérables
Une reconnaissance nationale voire internationale est un premier pas indispensable à la protection d’une race locale. C’est pourquoi la SCC a engagé plusieurs actions au cours des dernières années, qui ont mené à la reconnaissance officielle de l’Epagneul Saint-Usuge et du Cursinu, qui pourraient être rejoints par le Berger des Alpes dans les prochaines années. D’autres actions pourraient être engagées sur des populations. telles que le Berger de la Crau.
Il convient aussi de communiquer autour de ces races, afin que le grand public prenne connaissance de leur existence, et puisse participer au maintien de ces populations. 


- Les conservatoires
Maintenir une partie de la population d’une race au sein d’élevages institutionnalisés peut être une solution temporaire pour sauvegarder une race menacée. Un conservatoire a existé au cours des années 90 et accueillait un peu plus d’une vingtaine de chiens de chasse issus de populations à petit effectifs. Il n’existe cependant plus à l’heure actuelle de telles institutions.


- Le maintien de la diversité au sein des populations
Un des principaux périls qui guette les populations à faibles effectifs est une érosion de la diversité génétique à l’intérieur de la race. La consanguinité devient alors généralisée et les risques d’apparition de problèmes génétiques importants. Il convient donc alors d’éviter les accouplements qui apportent trop de consanguinité, d’utiliser de manière équilibrée tous les reproducteurs et éventuellement d’autoriser un croisement de « retrempe », avec une autre race.  Il est alors nécessaire de choisir une race assez proche afin d’éviter que la race en soit trop modifiée.


- La cryobanque
Une des solutions récemment développée pour conserver les ressources génétiques d’une race, consiste à conserver, par exemple, un stock de semences sous forme congelée. Elle n’est pas encore utilisée pour le chien, mais des discussions ont été engagées autour de ce sujet.


LES PARTENAIRES SCIENTIFIQUES ET LE CADRE INSTITUTIONNEL :


Le Bureau des Ressources Génétiques (BRG) : chargé d’inventorier les ressources génétiques animales et végétales, le BRG est un des principaux acteurs qui travaillent pour le maintien de la diversité génétique animale, végétale, et microbienne. 
Le réseau biodiversité animale : ce réseau, initié au départ par le Ministère de l’Agriculture (DGER), est suivi par diverses structures (Institut de l’Elevage, Société Française d’Ethnozootechnie, Pro Natura France, etc.) qui s’efforcent de recenser tous les sites d’accueil, lycées agricoles, fermes pédagogiques, espaces naturels susceptibles de recevoir et d’entretenir des troupeaux d’espèces rares d’animaux de rente.
La zootechnie des Ecoles Vétérinaires : le professeur DENIS de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes et le professeur COURREAU de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort, tous deux professeurs de zootechnie sont des défenseurs de la biodiversité. Ils sont membres de la Commission Zootechnique de la Société Centrale Canine et sont les maîtres d’œuvre du programme de préservation pour l’espèce canine.


Ces différents organismes sont sous l’autorité du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche qui est également notre Ministère de tutelle.


CONCLUSION


 Le maintien de la biodiversité au sein de l’espèce canine fait partie des buts statutaires et des délégations du service public de la Société Centrale Canine. Sa Commission d’Elevage et sa Commission Zootechnique doivent suivre et gérer les attentes en matière de recherche, de maintien et de développement des cheptels, de l’indexation des performances, du dynamisme associatif en relation avec les partenariats scientifiques et économiques.
Ces races peuvent constituer souvent des sous-populations à l’intérieur de familles (Epagneul Picard, Pont-Audemer et Saint-Usuge au sein des épagneuls français). Cependant, sauvegarder ces populations contribue à protéger la diversité de l’espèce canine dans son ensemble. Même si certaines de ces races ne sont actuellement plus ou presque plus utilisées pour le travail (Bouviers, etc.), une possible réorientation ultérieure des besoins vers une utilisation traditionnelle rend indispensable le maintien de ces races.


 


Grégoire Leroy

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